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Comment devenir la victime idéale d’un manipulateur, partie 1

triangle infernal

Aujourd’hui est un jour particulier puisque j’ai le plaisir d’accueillir une nouvelle auteure sur le blog : Laetitia. Elle fait partie de l’équipe depuis plusieurs mois mais à partir de ce jour, vous aurez l’occasion de lire sa plume. Je lui laisse la place.

La manipulation est est un marronnier journalistique partagé dans les blogs, au travail et à la maison. On évoque régulièrement qui sont les manipulateurs, quelles sont leurs techniques, pourquoi ils le font ou comment ils deviennent ainsi.

On trouve aussi des solutions pour ne plus être manipulé, se sortir de ces situations malsaines mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de nous placer dans la peau de la victime et de tenter de comprendre comment elle a été conditionnée pour « subir docilement », dirons nous, l’environnement dans lequel elle est cloisonnée.

1 /Au pays de l’Enfance

a) Besoins affectifs de l’enfant

Les parents influencent le profil de comportement de l’enfant et les premières années de sa vie se révèlent capitales pour son élaboration. Le développement social comme le développement affectif, se constitue donc en grande partie entre 0-3 ans et à partir de la relation aux parents.

On distingue plusieurs stades d’évolution concernant ces besoins :

  • la relation objectale (ou relation à l’objet) pendant laquelle l’enfant se différencie peu à peu de sa mère, aux alentours de la première année. Avant cela, il ne dissocie pas le moi du non moi.
  • le développement de l’attachement étant le lien qui unit la mère et l’enfant, il s’agit d’un comportement instinctif qui consiste en une interaction, une communication, qui vise à les rapprocher.
  • la relation sociale par laquelle il doit apprendre à co-exister avec les autres membres de son environnement, au-delà du cercle parental.

b) Réponse des parents

Dans l’hypothèse où les parents ne répondent pas de manière saine aux demandes et comportements de l’enfant, s’ensuivra donc une éducation déséquilibrée.

Nous aurons d’une part, des parents à tendance trop permissive, laxiste, qui engendreront ce que nous appelons communément un Enfant Roi. En grandissant, il usera souvent de manipulation pour obtenir ce qu’il désire, au détriment d’autrui. Mais ce n’est pas le sujet du jour, n’est-ce pas ?

Nous allons plutôt nous intéresser, d’autre part, aux parents à tendance trop stricte, sévère, qui vont pousser leurs enfants à correspondre à certains types de personnalité qu’ils estiment corrects, pour des raisons qui leur sont propres.

Ils utiliseront différentes techniques comme la pression psychologique (chantage, menaces), en provoquant un sentiment d’abandon, voire des sévices physiques en guise de punition. Tout cela conditionnera l’enfant de telle manière qu’il se soumettra, espérant obtenir en échange l’affection, l’approbation et la reconnaissance de ses parents. Plus sa soumission sera importante, plus il tendra au profil victimaire qui l’influencera par la suite.

2 / La crise de l’Adolescence

L’enfant prend un tournant dans le développement affectif et social en entrant dans l’adolescence, les importantes modifications physiologiques et le progrès intellectuel quant à la vision du monde qu’il perçoit sont inhérentes à sa progression.

De plus, il passe par différentes crises qui sont :

  • l’aspiration à la sécurité (il sent qu’il ne peut plus être l’enfant « insoucient » qu’il était, il doit en partie assumer ce besoin de sécurité, il se sent mal à l’aise dans son environnement et cherche à se rassurer en créant l’illusion qu’il est responsable de l’hostilité envers lui à cause des nouvelles attentes que l’on a de lui)
  • l’aspiration à une nouvelle forme de reconnaissance (étant enfant, il savait comment attirer l’attention sur lui afin d’être félicité, en se démarquant dans un domaine particulier par exemple mais comme ces attentes évoluent, moins de valeur est donnée à ses actions)
  • l’aspiration à l’amour (c’est souvent à cette période que l’on retrouve les grandes amitiés, les premiers « coups de cœur », mais aussi les grandes déceptions. L’adolescent voit l’égoïsme et l’hypocrisie du monde, ce qui en fait une étape très délicate).

Si les parents perpétuent le schéma répressif de l’enfant au fil des ans, évoluant plus ou moins selon son caractère, nous aurons deux cas de figure :

  • l’adolescent deviendra parfaitement docile et se positionnera en tant que victime consentante, ce qui signifiera que le conditionnement imposé depuis son plus jeune âge a porté ses fruits et il rentrera aisément, par extension, dans le moule sociétal,
  • l’adolescent n’acceptera plus l’autorité tyrannique de ses parents et se mettra en « guerre » contre eux, les défiant de toutes les manières qu’il aura à sa disposition. Bafouant les règles, il pourra aller jusqu’à se mettre en danger par des conduites à risque. (Abus d’alcool ou de drogues, comportements violents ou autodestructeurs, fugues…).

« Quand le jeune est déçu de ses relations au sein de sa famille, il commence souvent à envisager des relations à l’extérieur, notamment avec ses pairs en réponse à l’amour qu’il sent avoir perdu » – Kevin Huggins.

3 / Les rôles de l’Adulte

Comme nous l’avons vu ci-dessus, il est clair que si les besoins affectifs ne sont pas comblés, la construction psychologique et affective en sera fortement perturbée. L’adulte cherchera donc des tiers pour les compenser. Ce qui le rendra de fait, bien plus vulnérable aux attaques des manipulateurs susceptibles de les approcher.

S’enclenchera alors un scénario où le schéma parental se reproduira de façon inconsciente, sous différentes formes, mais dans tous les cas, nous retrouvons un triangle bien connu : le triangle dramatique (ou triangle de Karpmann).

Proposé par Stephen Karpman en analyse transactionnelle, c’est une figure qui met en avant un scénario relationnel typique entre Victime, Persécuteur et Sauveur. Ces rôles ne sont que des symboles et une même personne peut donc en changer ce qui permettra au manipulateur de se poser tour à tour en Persécuteur, Sauveur voire en Victime, selon le comportement qu’il voudra induire chez sa victime, qui elle, sera réelle.

L’adulte qui a été conditionné et dont la vision des rapports affectifs seront biaisés se retrouvera encore plus perdu et manipulable. Il aura tendance à trouver des excuses, à pardonner facilement, à accepter des situations qu’il aurait refusé dans un autre contexte etc.

4 / Conclusion

Je pense que pour ne plus subir en boucle ces comportements négatifs, il faut impérativement reconnaître les conditionnements parentaux qui nous conduisent vers des relations destructrices.

Il est aussi important de savoir repérer le triangle dramatique qui se retrouve sans cesse dans nos relations, depuis l’enfance (où il est relativement sain), puis à l’adolescence (où celui des parents est remis en question dans le but de s’en détacher), jusqu’à l’adulte (où il devient souvent une projection, si le détachement de l’adolescence n’est pas réussi), ce qui crée un déséquilibre pouvant être rétabli en prenant conscience du triangle pour en sortir.

Ensuite nous pourrons nous atteler à retrouver une vie plus saine en comblant nos besoins affectifs par des procédés personnels et apprendre à s’affirmer en se centrant sur nos désirs pour ne plus accepter uniquement ceux des autres.